La 65e édition du Festival de Cannes tire déjà à sa fin. La fatigue tire les traits de tous et les journalistes commencent à sentir le petit monsieur pas lavé. Puisqu’à Cannes, la coutume veut qu’au mois de mai, tous en prennent pour leurs yeux et leurs oreilles pendant 12 jours. Les films, les conférences, les entrevues, les invitations à ceci et cela, les nuits courtes, les rencontres et quelques maux de tête font partie du quotidien.

Au-delà des sections majeures qu’offrent la grande manifestation cinématographique, il y a le Cannes Court Métrage (Short Film Corner), qui offre la possibilité aux journalistes et membres de l’industrie de visionner, à la librairie média, une multitude de courts métrages venant de partout dans le monde. Du Québec, quelques sélections nous mettent bien en vue, comme Talent tout court aidé par Téléfilm Canada et le grand boubou du court métrage au Québec Danny Lennon. Plus d’une vingtaine de créations sont présentées, plusieurs venant de chez nous, comme Planche à l’œil de Ian Lagarde, Ne pas reculer de Dominique Laurence, Le futur proche de Sophie Goyette, Tout va mieux de Robin Aubert, sans oublier Avec Jeff, à moto de Marie-Ève Juste, présenté dans le cadre de la Quinzaine des réalisateurs et Chef de meute de Chloé Robichaud en compétition officielle dans la section court métrage. Avec la présentation de tout ce beau monde est arrivée la température de saison, soleil rayonnant inclus. On est sur la bonne voie, malgré les inquiétudes financières de plusieurs.

 

Le coup de poing magique

L'équipe de Rengaine du réalisateur Rachi Djaïdani, avec le micro dans les mains, et son équipe émue par l'accueil du public.

Y’a plein de bijoux cinématographiques à trouver durant le Festival de Cannes, mais il s’agit de fouiller et de tendre l’oreille aux rumeurs en s’éloignant un peu du tourbillon principal. Tout d’abord, par un pluvieux matin où j’avais deux secondes et un quart pour prendre mes courriels entre deux bouchées de pain, j’ai constaté sur Internet que plusieurs mentionnaient le film Rengaine de Rachid Djaïdani (réalisateur, boxer, écrivain et disciple du maître du théâtre Peter Brook, sans farce!), présenté à la Quinzaine. Une œuvre construite en 9 années, d’une durée de 1h15, mais ayant au départ plus de 300 heures de tournage. Le style rappelle celui du Dogme 95 (caméra à l’épaule, improvisation, etc) et met en lumière les tabous qui persistent alors que Dorcy, un noir chrétien, désire épouser Sabrina, une Magrébine musulmane qui a (et c’est loin d’être un détail inusité) 40 frères, dont la plupart, surtout le plus âgé, ne sont pas d’accord avec l’union. Un film vrai et sensible qui a séduit Claude Chamberland, le cofondateur du Festival du nouveau cinéma (FNC), qui pourrait bien le mettre dans la programmation de la 41e édition du festival en octobre. Un film fort qui ne nous amène pas là où l’on pense.

L’ACID, bien plus que du bonbon

Amélie van Elmbt présentait son premier long métrage: La tête la première, dans la sélection de L'ACID.

Dans un tout autre registre, La tête la première, premier long métragede la Belge Amélie van Elmbt a retenu mon attention. Présenté dans le cadre de L’ACID, section indépendante du festival qui fête cette année son 20e anniversaire et offre une sélection de films indépendants choisis par des réalisateurs français, l’œuvre de fiction encourage un dialogue rafraîchissant et libre en parole. Aidée par le grand Jacques Doillon (Ponette), avec qui elle collabore, Amélie a pu mettre à l’écran son scénario où nous retrouvons la jeune Zoé qui part vers la résidence d’un écrivain qu’elle estime énormément. Sur sa route, elle rencontrera Adrien qui l’accompagnera. Une rencontre libre et belle entre deux êtres qui n’autorisent pas la censure dans leur vie. Les deux acteurs principaux : Alice De Lencquesaing (Polisse) et David Murgia crèvent littéralement l’écran avec bonheur et justesse. En bonus, la douceur de Jacques Doillon, dans le rôle de l’écrivain, vient admirablement apporter un tournant sensible à l’œuvre. Un véritable coup de cœur au niveau du scénario et des acteurs. Message à Claude Chamberland : ce film aussi est pour le FNC!

Allez hop! Je continue à courir les derniers milles, le fil d’arrivée est déjà visible à l’horizon.

- Julie Lampron