Il n’y a rien comme sortir satisfait d’une pièce de théâtre, heureux d’avoir vu et entendu une œuvre singulière à la réflexion profonde. Je n’en attendais pas moins de Simon Boudreault et de son équipe de Simoniaques Théâtre (Sauce brune (2009), Soupers (2011), entre autres, et l’on en attend beaucoup d’autres avec impatience). Ce regroupement de fantaisistes est né en 2005 et depuis, il nous offre des créations pour le moins surprenantes, inventives, drôles et touchantes ancrées dans des réflexions sur le monde contemporain autant que passé et historique. Cette fois, ils se sont approprié le divin et la quête existentielle. Lourde tâche, savamment construite.

Deuxième pièce issue de la résidence offerte par le Théâtre d’Aujourd’hui à Simoniaques Théâtre et en lien avec un laboratoire en

Crédit: Sylvain Légaré

collaboration avec le Cirque du Soleil sur le thème de la désillusion enclenchée en 2009, D pour Dieu, écrit, mis en scène et interprété par Simon Boudreault, offre une incursion dans la vie d’un homme, jamais nommé et parlant au « je », qui de son enfance à son âge adulte sera confronté à Dieu ainsi qu’à sa propre responsabilité existentielle. Entouré du travail exemplaire de la marionnettiste et comédienne Karine Saint-Arnaud et du musicien Maxime Veilleux, Simon Boudreault nous amène avec humour et tendresse au cœur de l’aventure humaine. On naît, on se croit Dieu, on comprend que ce sont nos parents (ici nommés Mamelles et Barbu) qui le sont, on serait donc enfant du divin. Face à notre évolution, on s’aperçoit finalement que Dieu est externe à nous, on s’en approche, on lui pose des questions, il ne répond pas. Le questionnement enfle, on veut comprendre pourquoi on est là, que doit-on faire si l’on ne désire pas être qu’atome ou poussière dans l’univers? Existe-t-il une chance d’y échapper?

 

Le navet qui tue

Jamais ce légume n’aura eu autant mauvaise presse que dans D pour Dieu. D’ailleurs, je ne serais pas surprise de voir quelques ardents pourfendeurs de légumes se ruer devant le théâtre pour redonner la dignité à ce pauvre aliment, tellement il est lié au deuil. On casse du sucre sur son dos (ça ne lui ferait pas de tort d’être moins âpre, d’ailleurs), à plusieurs étapes de la vie du personnage qui se dévoile devant nous. La première bouchée de purée de navet est dure à avaler, les suivantes ne sont pas plus faciles à prendre. On fait face à la vie dans le meilleur comme dans le pire dans une scénographie simple, mais très efficace. La mise en scène ne manque pas d’originalité et précise la pensée pour toutes les étapes du développement où s’ajoutent des personnages, tel que Mozart avec une terre de mort magnifique, qui fera comprendre au jeune homme qu’être un génie n’est pas nécessairement enviable.

Présentée jusqu’au 19 mai à la salle Jean-Claude Germain du Théâtre d’Aujourd’hui, l’histoire de D pour Dieu est savoureusement intelligente. L’auteur est assez brillant pour ne jamais nous promettre de donner une version déjà vue de la portée de sa réflexion autant que la destinée de son personnage durant la durée de la pièce, qui se forme en près de deux heures avec entracte. Par ailleurs, la pièce est publiée, depuis le 24 avril dernier, chez Dramaturges éditeurs, tout comme Sauce brune et Soupers.

À tous ceux qui sont horrifiés par les questions religieuses, ne prenez pas le mors aux dents, détendez-vous, la pièce ne va pas dans ce sens. Elle questionne, et actionne par le fait même notre pensée, de façon ludique, sans amener de réponses convaincues de vérité.

Excellent improvisateur à la LNI ces dernières années, Simon Boudreault est dans une lancée d’écriture et de création épatante, où l’on rigole, on s’émerveille et on se laisse aller nous-mêmes à une introspection sur notre vie. Au lendemain de la représentation, je réfléchissais encore à l’ensemble de l’œuvre et j’ai en tête depuis, un extrait de la chanson Si fragile de Luc De Larochellière : « On est seulement ce que l’on peut. On est rarement ce que l’on croit. Et sitôt, on se pense un dieu. Sitôt, on reçoit une croix. Car la vie est si fragile. » Simoniaque que c’est bon! Quelqu’un peut me dire s’il y a un prix spécial pour voir l’ensemble des représentations?

 

- Julie Lampron