L’enfance a toujours été un thème fétiche pour Wes Anderson, que ce soit pour mettre en scène des gamins dans des corps d’adultes comme dans Darjeeling Limited, ou des enfants qui ne veulent pas grandir, voir Rushmore et The Royal Tenenbaums. On n’est alors pas surpris d’apprendre que le sujet de son nouveau film soit le passage à l’âge d’adulte. L’intrigue de Moonrise Kingdom se passe pendant l’été de 1965, alors qu’un jeune orphelin quitte les scouts pour rejoindre son amie de cœur. Ils fuguent ensemble dans les bois, alors que le chef des scouts (Edward Norton), la police locale (magnifique contre-emploi de Bruce Willis) et les parents de la jeune fille (Bill Murray et Frances McDormand, fidèles à eux-mêmes) font équipe pour les retrouver. Le tout est ponctué de petites, mais toujours très divertissantes, apparitions de Tilda Swinton, Jason Schwartzman et Harvey Keitel.

Le style de Wes Anderson est immédiatement reconnaissable par ses travellings (notamment celui remarquable de scène d’ouverture), ses gros plans et son esthétique surchargée de couleurs vives (le jaune et vert auront rarement été aussi bien mis en valeur). La trame sonore contribue également au plaisir du spectateur grâce à l’omniprésente musique d’Alexandre Desplat ponctuée de chansons de Hank Williams et d’extraits musicaux des pièces du compositeur Benjamin Britten. Tout cela contribue à l’atmosphère poétique du film, qui devient un beau récit sur la recherche de la liberté, de l’amour et du droit au bonheur. Les personnages secondaires, bien que peu développés, sont marquants, attachants et originaux, sans jamais éclipser les deux protagonistes, campés avec brio par Jared Gilman et Kara Hayward. Deux performances impressionnantes pour d’aussi jeunes acteurs, d’autant plus qu’il s’agit de leurs premières apparitions au grand écran.

Il serait tentant de comparer cette escapade dégénérant en aventure burlesque aux autres épopées pour enfants du genre des Goonies, mais ce serait réducteur. Moonrise Kingdom est une succulente péripétie qui, loin de se limiter à un public de bas âge, fait plutôt appel à l’enfance de l’adulte en nous. Ce nouvel opus de Wes Anderson ne passera peut-être pas à l’histoire en tant que chef d’œuvre, mais demeure une autre comédie intelligente et bien faite dans la filmographie d’un cinéaste qui n’avait déjà plus rien à prouver dans ce domaine.

- Boris Nonveiller

Moonrise Kingdom, dès le 15 juin à l’Excentris