Avec Amour debout, Mélina Bernier offre au lecteur une suite poétique présentant un monde écorché, vacillant, hostile. Le texte est réduit au minimum : quelques mots épars déposés au centre des pages blanches. Une poésie de l’économie, proche du haïku, sans toutefois le côté évocateur puissant des courts vers des poèmes japonais. C’est d’ailleurs ce que je reprocherais au texte: le peu d’images créées par la poésie de Bernier. Le tout reste dans un flou, un brouillard, qui a tendance à laisser le lecteur en retrait.

Le texte bref peut avoir plusieurs significations. D’abord, il y a visiblement une touche de révolte : « un attroupement / dérange », « des ruelles / la grogne / ininterrompue / K.O. ». Parallèlement à cette colère qui rôde, il y a la nature omniprésente, qui pourrait faire d’Amour debout une ode à sa beauté : « enclave / parmi les parcmètres / toucher ce bouleau / jaillissant», « têtes de roseaux / aux confins bleutés / recueillir / le visqueux des mers ». Se côtoient aussi les thèmes de l’amour, de la guerre, de la nuit, du vide, de la pauvreté et de la peur. Bref, il y a peu de mots dans ce recueil, mais bien des possibilités d’interprétations.

L’important n’est probablement pas de savoir quel est le véritable sens de tout ça, mais plutôt de se laisser porter par cette écriture à la fois vaste et infiniment close. Trop close peut-être. Ce n’est certes pas une poésie accessible. Selon moi, seuls les initiés à la poésie contemporaine arriveront à apprécier Amour debout et la force brute qui s’en dégage. En terminant, mentionnons le magnifique travail de Suana Verelst pour l’œuvre en couverture. Comme quoi une image vaut parfois mieux que des mots.

-Julie Cyr

Amour debout

Mélina Bernier

La peuplade, 77 pages