Dans son troisième roman, Sous béton, Karoline Georges présente un monde post apocalyptique où, suite à une épidémie infectieuse, quelques réfugiés vivent dans un bâtiment de béton, sans aucun contact avec l’extérieur. Le personnage principal, à qui ses parents n’ont « pas jugé nécessaire de […] fournir un nom », est né dans cet univers aseptisé et ne cesse de se questionner sur la vie au-dehors. On lui enseigne que les expulsés vivent dans un véritable enfer, dévorés par l’infection. Cependant, la vie dans l’Édifice n’a rien de rose ou de confortable. Il y règne une violence et un sentiment de terreur perpétuels.

Dans cet univers relevant de la science-fiction, tout en étant à la fois assez près de notre époque alarmiste, on naît « pour entretenir l’Édifice et chacun appren[d] à imiter père et mère, à reproduire les gestes, à penser similaire ». C’est ce que fait l’enfant, sans résister, jusqu’au jour où il prend conscience de son individualité. À partir de ce moment, rien ne sera plus pareil et l’autorité sera questionnée, chose qui était impensable auparavant. Alors, le roman devient un incessant questionnement sur ce que c’est d’exister. Par moment, on croirait être face au personnage d’Hamlet de Shakespeare qui se questionne : « Être, ou ne pas être, telle est la question ». Malheureusement, toutes ces questions métaphysiques et philosophiques font tomber le roman à plat, l’action se détournant peu à peu de l’univers de béton pour errer dans les dédales de l’esprit de cet enfant qui se découvre la faculté de penser.

Le style de Karoline Georges est un des principaux éléments réussis du roman. Une poésie se dégage de ce monde froid et aseptisé. Par exemple, on décrit des fissures dans les murs de béton à la façon du corps d’un danseur en mouvement : « Moi j’imaginais la forme d’une fissure au mur. Le nombre d’arabesques, l’irrégularité de la ligne dans ses moindres arêtes ». C’est une écriture sans fioritures inutiles. Dénudée, mais profondément efficace, rappelant ce monde de « Béton Total » qui donne le vertige.

- Julie Cyr

Sous béton

Karoline Georges

Alto, 186 pages.