Peu nombreuses sont les adaptations cinématographiques des histoires de Gogol qui sont passées à l’histoire. À part le Masque du Démon (1960) de Mario Bava et Vij (1967), rien de bien remarquable. L’une de ses nouvelles les plus connues, Le Manteau, vient pourtant d’être adaptée sous forme de récit social se passant de nos jours à Montréal. The Girl in the white coat (La fille au manteau blanc) se veut une étude pointilleuse d’Élise (Pascale Montpetit), une femme solitaire dont la vie se limite à son travail à l’usine, son canari et ses visites quotidiennes à son père sénile (Julien Poulin). On le comprendra assez vite, Élise est aliénée dans son environnement, par la langue (bien que francophone, on ne la voit parler français qu’avec un vieux tailleur, son père et son canari) et à cause de son vieux manteau rapiécé qui motive ses collègues de travail à l’attaquer par des coups bas et des calembours de mauvais goût. Ce qui l’amènera à tenter de faire des économies pour faire réparer son manteau.

Le réalisateur Darrell Wasyk dit s’être inspiré des films néo-réalistes pour son film, pourtant l’inspiration semble être plus thématique que formelle. Si ce qui faisait la célébrité du néo-réalisme italien était sa démarche, sa force principale demeurait dans les scénarios, frappants, riches et originaux. Or, c’est ici que le bât blesse chez la Fille au manteau blanc. Malgré quelques bonnes idées, et une première moitié prometteuse, l’histoire accumule les stéréotypes maladroits, du méchant séducteur manipulateur à la scène clichée de la vitrine de pâtisseries. Finalement, Élise se trouve confrontée à un « grand » dilemme moral, sensé changer sa vie. Tout cela sonne un peu faux, et le personnage est un peu trop naïf pour être crédible : Elle croira avoir trouvé l’adresse du propriétaire du manteau volé dans sa poche, mais qui donc garde sa propre adresse écrite sur un bout de papier? Cela débouchera évidemment sur un affreux malentendu qu’on aura bien du mal à croire.

Tout n’est pourtant pas inintéressant dans ce drame qui se veut social. Il faut par ailleurs noter la belle performance de Pascale Montpetit dans le rôle principal. Peut-être qu’on aurait eu tout à gagner en restant plus près du récit de Gogol dont le coté fantastique, complètement évacué ici, permettait une catharsis. Si le personnage du Manteau était infiniment insignifiant, il devenait, par le médium du fantastique, glorifié et vengé. Le film de Wasyk opte plutôt pour le mélodrame qui échoue car le personnage est bien trop bête pour attirer la sympathie.

Au Cinéma Excentris dès le 22 juin.

- Boris Nonveiller

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