L’aventure des Sainte Catherines aura duré treize ans. Treize années à travers lesquelles ils auront déployé, avec sueurs et cris, leur arsenal punk par-delà tranchées et terrains minés, et tracé, sans trop s’en rendre compte, un chemin incontournable dans la large scène alternative québécoise.

 Ce chant du cygne n’a rien d’un coup de tête et dès l’enregistrement de Fire Works (Stomp, Anchorless, 2010), le groupe savait qu’il s’agissait de leur dernier album : « On voulait faire un retour aux sources, boucler la boucle avec le premier album. Si on avait fait un autre album après [Fire Works], on aurait eu l’impression de se répéter. » affirme Hugo Mudie. « Ce n’est plus comme avant, maintenant avec les familles et les jobs, on ne voulait pas que le band s’essouffle et meure de lui-même, on aimait mieux tirer la plogue.» ajoute Marc-André Beaudet.

 Forts d’une feuille de route impressionnante : plus de 700 concerts dans 14 pays, 5 albums studio, 2 split EP, une compilation d’inédits, un documentaire et un photobook qui vient tout juste de sortir ; les Sainte Catherines ont pleinement mérité leur réputation de bourreaux de tournées et de travailleurs acharnés. Mais treize années si bien remplies ne se passent pas sans quelques heurts : tournées sans le sou, accident de la route, des nuits dans des endroits impossibles, tensions et différents, absence de foule aux spectacles, sans compter un roulement de personnel hallucinant : au total, pas moins de dix-sept musiciens ont joué avec « les 4 Magnifiques » (Fred Jacques, Marc-André Beaudet et Louis Valiquette aux guitares et Hugo Mudie aux textes et au chant). Rien pour faciliter la stabilité du groupe. À ce sujet, Rich Bouthiller et Jean-Philippe Tassé assureront respectivement la batterie et la basse pour la tournée d’adieu.

 Parmi les surprises à prévoir, les Sainte Catherines performeront des titres de leurs cinq albums, dont certains jamais joués en spectacle. Vis-à-vis cette mini-tournée, dont le dernier concert aura lieu le 27 avril 2012 au Club Soda, les membres du groupe ont des sentiments mitigés. Marc-André Beaudet affirme : « C’est aigre-doux, sucré-salé… On a hâte que ça arrive, mais on n’a pas hâte que ça finisse », Fred Jacques lui trouve plutôt que « ça fait assez longtemps qu’on en parle, non, moi j’ai quand même hâte que ça finisse » et Hugo Mudie ajoute « qu’il faut voir le dernier show comme une célébration de ce qu’on a accomplit ensemble. »

 Car les accomplissements sont nombreux et, malgré les embûches, l’expérience des Sainte Catherines en demeure une d’exception, truffée de souvenirs mémorables, d’endroits merveilleux visités et d’amitiés forgées. Pour Marc-André Beaudet, le sentiment d’accomplissement accompagnant la signature avec Fat Wreck Chords pour leur album Dancing for decadence (les Sainte Catherines est le seul groupe québécois à avoir réussi ce tour de force), reste un moment fort de leur carrière. De son côté, Fred Jacques affirme : « J’échangerais jamais toute ma vingtaine contre quoi que ce soit, tout ce que j’ai fait pendant ce temps-là, c’est priceless, ça ne se gagne pas à la loterie, ça se travaille même pas, ça se vit ». Toutes ces émotions fortes, ces liens inséparables entre les membres du groupe, ces expériences vécues, c’est Hugo Mudie qui les résume, au terme d’une longue journée d’entrevues, à travers cette évocation toute personnelle : « Pendant une des premières tournées en Europe, après un show en Italie, on a dormi dans un château centenaire juste à côté d’un vignoble. Le lendemain, on s’est baigné dans la Méditerranée, juste le band. Le paysage avait quelque chose de pur, la vue était magique, j’me suis dit  »je suis icitte à cause de mon band punk ». Ça va toujours rester un moment magique de ma vie. »

 En ce qui concerne les projets futurs, les Sainte Catherines disent avoir l’esprit ouvert : « On ne sait pas ce que l’avenir nous réserve, mais on ne se ferme aucune porte. » affirme Mudie. En attendant, ce dernier et Fred Jacques préparent leur album qui devrait sortir bientôt, et nous pourrons également les entendre lors du D-TOX Rockfest 2012 de Montebello en juin ; et Marc-André Beaudet continuera de produire des albums tout en « prenant un break, le temps de m’ennuyer, pour mieux revenir à la musique. »

 À l’heure où une multitude de groupes sont dépoussiérés et reformés, répondant à une hype teintée de nostalgie, comme si le succès n’était tributaire qu’au recul, et n’offrant pas grand chose de nouveau, on peut assurément affirmer que le punk émérite des Sainte Catherines va sérieusement nous manquer. On leur aurait souhaité un succès à l’échelle de leur éthique de travail et de leur énergie passionnée, mais la fatalité punk en a décidé autrement. Quoi qu’il en soit, certaines de leurs chansons continueront de tourner et ne tomberont de sitôt dans l’oubli, car des titres comme Chub-E & Hank III / Vimont Stories part II, I’ll miss the boys, I’d rather be part of the dying bungee scene et Confession of a revolutionary bourgeois part III (dont le refrain est, de l’aveu de Fred Jacques – anecdote ici – un rip-off bien traficoter de Vivre libre ou mourir des Bérus) sont des hymnes punks hors du commun et emblématiques qui sont là pour rester.

- François-Charles Lévesque

http://saintecatherines.com/