Si le tout premier riff de l’album est un éhonté plagiat (ou un clin d’œil) de Suspect device de Stiff little fingers, on ne peut pas en dire autant des 45 minutes qui suivent, car sur Open your heart, troisième opus des New-Yorkais de The Men, les influences ne se limitent pas au sous-estimé groupe d’Irlande du Nord. Outre ce punk rageur, The Men dévoile, dans un parcours presque sans faille, dix pièces qui rappellent des Velvet underground carburant aux transes abrasives, le post-punk de Titus Andronicus, des relents blues distorsionnés et les ambiances noise de Sonic Youth. Mais le vrai tour de force est que The Men parvient à distiller tout ce matériel pour réussir à affirmer son identité propre en érigeant un véritable mur du son. Amalgame complexe s’il en est un, Open your heart a un petit côté salement new-yorkais : espèces d’harmonies désabusées, insistantes répétitions, progressions minimalistes ou variations sur un même thème, gueulage impossible, drones et duos de guitares distordues ; tout ça donne, au bout du compte, un album vraiment réussi. Seul bémol : la pièce Candy, espèce de ballade blues, détonne vraiment avec le reste de l’album et est, selon moi, guère convaincante. Cela prend quelques écoutes pour apprivoiser Open your heart, mais une fois le chaos ordonné, on reste facilement accroché à cette énergie brute. Reste à voir si l’exercice est aussi convaincant en spectacle que sur disque, The Men sera au Il Motore samedi le 24 mars 2012.

-François-Charles Lévesque

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